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A propos de l'accompagnement à l'interruption de grossesse

Se sentir libre, respecté·e, et protégé·e en permanence permet de vivre un avortement de la meilleure manière possible.

La dimension médicale de cet acte à tendance à effacer les dimensions physiques, émotionnelle et spirituelle. Intégrer et prendre soin de ces dimensions et un enjeu du soin autour de l’avortement. Se heurter à des attitudes froides et indifférentes est une problématique. De simples petits gestes, quelques mots, quelques phrases peuvent tout changer. Penser un soin pluridisciplinaire, holistique paraît essentiel, l’accompagnement ne se souscrit pas aux procédures et au personnel médical, il collabore et il complète.

 

Au vu de nombreux témoignages et de mon expérience personnelle, il me semble fondamental de repenser l'accompagnement lors de l'interruption de grossesse. La personne qui décide d’interrompre une grossesse, si elle en ressent le besoin, dois pouvoir bénéficier d’un accompagnement bienveillant. 

 

Accompagner…

  • C’est épauler face aux doutes, aux émotions et aux interrogations, en se tenant à côté.

  • C’est être plutôt que faire : être une présence bienveillante, rassurante et sécuritaire ; être à l’écoute ; être une main tendue ; être le témoin.

  • Un·e accompagnant·e est authentique, cela permet de témoigner de l’empathie et de réagir à la douleur et au chagrin de l'autre.

  • Dans un objectif d’autonomisation, accompagner n’est pas d’imposer un processus codifié, mais bien s’adapter à chaque histoire afin d’aider la personne à cheminer pour trouver ses propres solutions. Cette perspective permet d’inclure la personne comme acteur de son soin. 

 

A contrario, accompagner, ce n’est pas interférer dans un processus de décision ou émettre un avis.

 

Parfois, l’insensibilité de l’entourage représente une entrave à la dynamique de prendre soin de soi, se référer à un·e accompagnant·e peut constituer une solution. Le droit à l’avortement n’oblige nullement à devoir se trouver seul·e face à la décision et aux étapes obligatoires qui la suivent. Se persuader de pouvoir tout gérer seul·e est inutile.

 

Consulter des sites et des forums sur Internet constitue un réflexe. Si au départ ces espaces virtuels peuvent suspendre les questionnements et l'isolement, ils n’offrent pas l’accompagnement individualisé.

Un·e accompagnant·e à l'interruption de grossesse est : 

  • Un soutien d’information pour fournir des renseignements sur les options médicales ou chirurgicales. Ce rôle peut pallier le manque de transmission d'informations. 

  • L’accompagnant·e peut assurer une présence lors des consultations avant l’avortement, ce qui peut aider à poser les questions souhaitées et à mieux enregistrer les informations, mais également à faire valoir son droit à garder pour soi les motifs de sa décision, à se défendre de l’infantilisation et de la culpabilisation.

  • Selon le contexte, l’accompagnant·e peut être présent·e pendant et après l’avortement pour épauler et se montrer un soutien émotionnel : tenir la main, aider à la relaxation, écouter une histoire, accompagner le deuil dans un espace dénué de jugement où les idées, les inquiétudes, les indécisions et les émotions sont partagées.

 

La notion de prendre soin

 

To care, « prendre soin » mais aussi « prêter attention » engage le fait de se soucier de l’autre, et de soi. Dans nos sociétés, davantage d’importance dois être donnée à la notion de prendre soin, ainsi qu’à la dignité du vivant, qui au-delà de la santé, implique la sollicitude, l’attention et l’empathie. Prendre soin, c’est soutenir une personne en respectant ses valeurs, ses croyances, son mode de vie et sa culture. Comprendre le cadre émotionnel, culturel et spirituel de la personne permet de mieux l'accompagner.

 

L'empathie, l'authenticité, le respect chaleureux et l'humilité sont des attitudes importantes dans le soin. Cela permet d'établir un climat de confiance. Or, prendre soin, est un réel travail qui mobilise une importante énergie affective et qui est souvent peu reconnu et valorisé, les infirmier·e·s le savent bien. Ce trait essentiel est invisibilisé dans les métiers tournés vers autrui. Cet enjeu renforce l’idée que les doulas à la naissance et à l’avortement ont un rôle à jouer complémentaire du corps médical. Inventons ou réinventons le soin lors d’un avortement. Réapprenons à ramener de la douceur et de la bienveillance dans les matrices utérines. Tous les avortements ne nécessitent pas forcément des soins, mais si en soi résonne la nécessité de guérir d’une blessure, d’amener du sens, de ritualiser, chercher à répondre à ce besoin pourra aider. Dans tous les cas, apporter de l’attention à quelque chose qui affecte reste libérateur. Peu importe la forme et l'intensité de cette attention.

 

Vouloir prendre soin de soi est une preuve de force, de courage et de détermination. Cheminer en conscience permet de se connecter à son soi profond, à son unité intérieure, à l’écouter et à la respecter. 

Lia, Tisseuse de Soi.

Pendant l'avortement, il devrait y avoir quelqu'un qui te tient la main,

qui te regarde dans les yeux avec compassion. 

Isabelle Brabant et Ginette Paris

Une présence vaut mieux que mille mots.