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Découvrir le self-help et l'auto-gynécologie


Dans mes articles l'utilisation de mots genrés (femme, homme ...) et les défauts d'écritures inclusives (que je ne maitrise pas), n'ont nullement pour but d'exclure des personnes, je m'adresse à tous le monde.

Introduction


Comme de nombreuses femmes, je me suis un jour demandée « quelle contraception choisir ? ». Suite à une grossesse sous stérilet, mon parcours d'avortement a été semé de commentaires et d'attitudes du corps médical, non pas traumatisants, mais vraiment énervants. J'ai donc acté avec moi-même, une bonne fois pour toutes, que ce que me proposait le système médical gynécologique ne me convenait pas.


La réalité de cet événement c’est que je mettais entièrement remise, sans doutes et sans questions, à un stérilet qui finalement a failli. Mon ignorance (presque totale) de mon corps, m’est revenue en pleine tête. J’étais englué dans un système et des schémas de gestion de ma fertilité qui m’avait déconnecté de ce corps tout en me déresponsabilisant. J'avais besoin de me découvrir, de me connaître, de m'autonomiser et de grandir ...


Ainsi, la porte d'entrée que j’ai emprunté pour découvrir le monde du self-help et de l'auto-gynécologie fut la symptothemie (une méthode de gestion de la fertilité par l'observation de 2 symptômes : la température corporelle et la glaire cervicale). La découverte de cette méthode a été non seulement une bouffée d'oxygène de connaissance et de reconnexion à mon corps, mais elle a aussi été une source dans laquelle j'ai puisé force, détermination et pouvoir personnel.


Je ne suis pas une experte du self-help, mais aujourd'hui, j'ai à cœur de vous partager un bout de l'histoire de ce mouvement fondateur pour l'autonomie et la santé des femmes. J'irai gratter un peu en dessous de la couche new-âge pour comprendre quels sont les héritages et les enjeux actuels de ce mouvement. Et bien sûr je consacrerai une partie à l'avortement et au self-help.


https://www.beautifulcervix.com/product/cervical-self-exam-kit-with-long-speculum-copy/
Kit d'auto-observation du col ©beautifulcervix.com



 

Sommaire



 

Qu'est-ce que le self help ?


Définition et contours géographiques


Le mouvement self-help est une démarche collective en faveur de l'autonomie de santé des femmes. Il s'agit pour les femmes de reprendre le pouvoir sur leurs corps, ce qui passe par une remise en cause du pouvoir médical patriarcal et de ses protocoles. Le self-help s'appuie sur « la collecte et l'élaboration de savoirs et de savoir-faire » [1] et de leurs partages.


Self-help se traduit en français par « s'aider soi-même ».

Le self-help s'est développé durant les années 1970 aux Etats-Unis durant les luttes pour les droits reproductifs (contre le contrôle médical du corps des femmes et de leurs droits reproductifs, contre l'inégalité de traitement dans le milieu médical et pour le droit à l'avortement et la contraception libre). Ce mouvement est de nature militant, féministe et donc politique. En France, le mouvement self-help s'est surtout développé dans les groupes du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception).


Ce mouvement est bien plus important aux Etats-Unis qu'en France. Dans l'hexagone, il n'a pas connu la même ampleur et aujourd'hui, nous ne disposons pas du même héritage militant et auto-gynécologique [2].


La faible diffusion du self-help en France pourrait à terme constituer un manque à gagner pour l'avenir des droits reproductifs des femmes françaises.

Il faut garder à l'esprit qu'une différenciation des cultures et des systèmes médicaux entre les pays, et notamment en Europe, est nécessaire. Par exemple en Hollande l'offre en matière d'accouchement est variée et déstigmatisée : 1/3 des femmes accouchent à domicile. En France l'accouchement à domicile (AAD) est une pratique mal acceptée qui représente 0,25 % des naissances. Bien que théoriquement autorisé par la loi, l'AAD souffre de contrainte très importante : par exemple les sages-femmes qui souhaitent accompagnées des parents qui ont choisi l'AAD ne trouvent pas d'assurance professionnelle pour les couvrir ou sinon leur coût est démesuré. En Italie, 38 % des naissances ont lieu par césarienne (21 % en France, l'OMS préconise que la césarienne soit pratiquée dans 15 % des cas), ce chiffre très élevé s'explique notamment par la facilité de programmation et de gestion des plannings des gynécologues obstétriciens lorsque la césarienne peut être planifiée.


Si en France, nous ne bénéficions pas d'une culture du self-help importante voir institutionnalisée, aux Etats-Unis des écoles de sage-femme enseignent l'auto-gynécologie [2].


Un mouvement en faveur de l'autonomie gynécologique


Le mouvement self-help se fonde sur la réappropriation des savoirs gynécologiques. Il encourage l'autonomie, dénonce la disparition des savoirs féministes vernaculaires et défend une amélioration de la prise en charge des femmes par l'obstétrique hospitalière et la gynécologie médicale.


En France, il s'articule principalement autour d'ateliers collectifs de découverte et de réappropriation du corps des femmes, par les femmes, pour les femmes. Historiquement, l'auto-examen du col de l'utérus à l'aide d'un miroir et d'un spéculum est central dans les groupes de self-help. La pratique autonome de cet acte permet de réaliser soi-même l'acte central d'un examen gynécologique classique. Et déjà ça, c'est un acte révolutionnaire ! Cependant, il ne faut pas réduire le self-help, à un mouvement qui permettrait aux femmes de regarder leur vulve dans un miroir. Cela n'est ni systématique, ni obligatoire.


L'autonomie gynécologique est bien plus que cela. Elle redéfinit et redonne de l'importance à l’éducation populaire, à l'expérimentation et la découverte de son propre corps et l'autonomisation (empowerment).


https://romeadiabla.hotglue.me/?autogyneco/
Illustration de Vivian Ravier

Diversité des pratiques auto-gynécologique


Les sujets en matière de santé et de bien-être des femmes sont nombreux : le cycle menstruel, la diversité des protections menstruelles, la contraception et notamment les méthodes de contraception naturelles comme la symptothermie, la santé gynécologique (aborder les infections urinaires, les IST, l'endométriose, le SOPK), la grossesse, l'avortement, l'anatomie, la sexualité, les hormones, la confection de lubrifiant maison, la naturopathie en faveur de la santé des femmes ... Les ateliers de self-help sont l'occasion pour les femmes de se rencontrer, de partager et de se transmettre des informations qui leur font gagner en autonomie, en liberté et en force.


Ce sont des espaces de création de lien et de soutien collectif.

Libérer la parole et faire circuler les connaissances autour de ces sujets permet aux femmes de découvrir leur corps et son fonctionnement, d'avoir davantage confiance en leur corps, et en leurs expériences. Elles deviennent garantes de leur cycle et de leur corps. Elles peuvent plus facilement répondre à leurs besoins, poser leurs limites et se faire respecter, lors d'une consultation médicale par exemple, mais plus largement dans toutes les sphères de leur vie.


La circulation de ces savoirs est comme un terreau fertile qui permet de faire croître la compréhension de la santé des femmes, de sa représentation dans la société et des enjeux qui y sont liés.

Le self-help et l'auto-gynécologie s'appuient sur un corpus, de textes et de fanzines, riche. Le partage de cette littérature est un facteur important qui participe à la nature même de ce mouvement basé sur une recherche autonome et collective. Il s'agit d'un travail de construction d'un savoir collectif. Les connaissances sont issues, non pas de la gynécologie, mais de l'auto-gynécologie et donc de savoirs empiriques basés sur l'observation et l'expérimentation. Rina Nissim est une figure de proue de ce mouvement et de ces recherches qu'elle dépeint dans son livre Mamamélis, manuel de gynécologie naturopathique à l'usage des femmes.





Les enjeux du self-help et de l'auto-gynécologie


En matière de santé des femmes, les enjeux sont nombreux. Nous héritons d'une médecine sexiste et patriarcale de par sa construction même. Rappelons qu'historiquement en Europe les femmes étaient chargées de soigner les malades, les blessés et d'accompagner les accouchements. Elles étaient détentrices d'un savoir vernaculaire empirique qui se transmettait de femmes en femmes. Au cours du XIIeme et XIIIeme siècle, la médecine se professionnallise, à partir de 1220, nul ne peut plus pratiquer la médecine sans être diplômé de l'université de médecine de Paris, or les femmes n'y sont pas admises. Ainsi, elles ont « peu à peu été exclues de la médecine, de sa pratique et de ses études, par un système institutionnel et hiérarchique totalement dominé par les hommes » [3]. Ces femmes ont été surveillées et accusées d'exercice illégal de la médecine. La « plupart des « sorcières » persécutées en Europe à partir du XVe siècle étaient en réalité des sages-femmes et des guérisseuses, héritières d’une longue tradition d’exercice laïc de la médecine, plus pragmatique que théorique » [3].


Le monopole masculin dans les universités de médecine a produit un savoir basé sur leur point de vue, ce qui a induit un biais énorme en matière de santé de la femme [4]. De manière générale, dans la société et bien sûr dans la santé, le corps de l'homme est la norme, tandis que celui de la femme est un dérivé, une forme secondaire. Cela induit une méconnaissance encore actuelle du fonctionnement du corps féminin, une absence de ce dernier dans de nombreux travaux de recherche scientifique, et donc une mauvaise prise en charge dans le système de santé (notamment dans la prévention cardiovasculaire).


Le premier enjeu est donc de se réapproprier ce que nous avons perdu et qui nous reviens de droit, la connaissance de notre corps.

Pouvoir se protéger et se défendre dans un système de santé souvent violent à l'encontre de la sphère gynécologique nécessite de rompre avec le rapport de pouvoir et de domination qui est entretenu par ce système.


Position gynécologique dite « à l'anglaise »

Par exemple, savez-vous que lors d'une consultation gynécologique, il existe une autre position que celle allongée sur le dos les pieds dans l'étrier ? Cette position archaïque que toute femme redoute lors d'un rendez-vous gynécologique. Il s'agit de la position dite « à l'anglaise », sur le côté, qui permet tous les gestes gynécologiques courants, et même l'accouchement, et qui est pratiquée dans de nombreux pays du monde. Cette position, plus rassurante et réconfortante pour la patiente, modifie la relation entre soignant et soignée. Martin Winckler s'est souvent positionné en faveur de cette position, pour qu'elle soit enseignée et adoptée en France. Force est de constater que ce n'est toujours pas le cas.


Le self-help et l'auto-gynécologie remettent les femmes au centre de ce qu'elles vivent. Elles sont actives dans leur santé, et cela permet de les responsabiliser. In fine, cela a un impact positif sur toutes les sphères de la vie : la sphère intime, la sphère du couple, la sphère de la confiance en soi, la sphère de la santé, la sphère familiale ...


Le deuxième enjeu est donc de donner aux femmes des connaissances et des outils qui leur permette de répondre à leurs besoins. Nous ne sommes plus infantilisées, nous ne sommes plus déresponsabilisées.

Les collaborations qui peuvent exister entre les professionnel·le·s de santé et les praticiennes de l'auto-gynécologie ou toute autre profanes de la santé des femmes sont toujours un plus. Il ne s'agit pas de tout opposer mais bien d'enrichir et d'apaiser le milieu de la santé gynécologique.


Le Mouvement de Libération de la Femme (MLF) a fortement aidé les femmes à comprendre qu'elles subissaient des injustices et des discriminations, mais aussi que pour s'en sortir individuellement, il faut s'unir collectivement.


Le self-help c'est le collectif au service de l'individu. Dans ces groupes, toutes les individualités s'additionnent et forment un savoir commun qui appartient à toutes. Le rapport de domination s'effondre, les cartes sont redistribuées, tout se crée à partir des expériences, des forces et des vulnérabilités de chaque personne en présence.


Le troisième enjeu est donc de recréer un système basé sur le collectif au service de l'individu, dans lequel les connaissances circulent.

La circulation du savoir sur la santé des femmes et son appropriation par celles-ci permettent de dépathologiser la sphère gynécologique. Le vagin, l'utérus, la vessie ne sont ni des parties sales, ni dangereuses qui doivent être « traitées ». Nous pouvons déconstruire notre vision du « suivi gynécologique », nous avons le droit en tant que femme de nous demander : de quoi ai-je besoin ? Est-ce que c'est une nécessité ? Questionnons le paradigme de « je dois me faire suivre gynécologiquement ». La surmédicalisation du corps de la femme, les sentiments négatifs d'invasion, d'humiliation, de dégradation voir de douleur a déconnecter les femmes de leur territoire intime et leur à ôter tout désir d'implication dans leur santé [4].

Attention, je ne parle pas du cas où il y aurait une pathologie gynécologique, je parle de toutes ces petites choses du quotidien les odeurs, les pertes ... Sommes-nous en mesure de savoir quand il y a un réel besoin de consulter ou si c'est simplement le fonctionnement de notre corps ? Cela questionne notre rapport à la peur et à la représentation fragile de la sphère gynécologique. Ayons un rapport apaisé à cet espace dans une démarche préventive plutôt curative.


Déconstruisons « le potentiel pathologique » de la physiologie féminine : notre corps n'est pas un terrain de conquête !

Self-help appliquée à l'IVG


En France, le MLAC utilisa la méthode Karman pour faire des avortements

Affiche en faveur de la méthode Karman

clandestins entre femmes et sans médecins. C'est l'époque, juste avant la loi Veil, des « avortements d'appartements ». En organisant ces avortements et en formant des personnes non-professionnelles de santé le MLAC a activement contribué à la libération du corps des femmes et lutté contre le contrôle de leurs corps par une médecine patriarcale extrêmement violente à cette époque.


Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous conseil le film Annie Colère ou Regarde elle a les yeux grands ouverts.


Aujourd'hui, l'accès à une information fiable et sécurisante permet aux femmes d'acquérir des connaissances très concrète sur l'avortement : les méthodes, les délais, les lois, leurs droits, les ressources à disposition ...


Concrètement, cela permet :

  • de faire valoir son droit à l'IVG en toute circonstance (exemple : si un médecin fait appel à sa clause de conscience pour ne pas pratiquer d'avortement il est dans l'obligation légale d'orienter la femme vers un praticien qui pratique cet acte médical)

  • avoir confiance en son expérience propre et en la connaissance de son corps, faire valoir son droit au consentement et se sentir légitime face à un·e profesionel·le·s de santé

  • lutter contre le sentiment de peur par le savoir, gagner en confiance et du coup pouvoir se défendre le cas échéant

  • être préparé aux réactions et aux questions qui peuvent être des violences gynécologiques

  • rechercher des personnes soutiens et solidaires (il est plus facile de poser toutes les questions souhaitées, de se défendre et de faire valoir ses droits en étant accompagnée et soutenue)


Si les luttes menées dans les années 1970 ont permis aux femmes de gagner des droits pour la contraception et l'avortement, ces droits sont constamment menacés. Ainsi, entretenir et nourrir le mouvement self-help est un enjeu primordial. Si un jour, nos droits et nos libertés sexuelles et reproductives nous sont arrachés, peut-être faudra-t-il de nouveau être en mesure de pratiquer la méthode Karman.


Conclusion


Extrait du film Regarde elle à les yeux grands ouverts
Extrait du film Regarde elle à les yeux grands ouverts

Dans les années 70, que ce soit aux Etats-Unis ou en France le mouvement self-help est lié à la lutte pour les droits reproductifs. Les femmes mobilisées à cette époque n'avaient pas le droit à la contraception et à l'avortement. Où en sommes-nous 50 ans plus tard ? La légalisation de la contraception et de l'avortement a stoppé, en quelque sorte, ces mouvements de protestation et donc en même temps les groupes mobilisés. Le film Regarde elle a les yeux grands ouverts raconte l'histoire du groupe du MLAC d'Aix-en-Provence. Après la légalisation de l'IVG, la question s'est posé pour ce groupe, d'arrêter ou non leurs actions d'accompagnements et d'avortements. Pour ces personnes, l'idée que les femmes avortent désormais dans des espaces froids et culpabilisants (et non plus au sein de groupe bienveillant qui utilisait la méthode Karman) en milieu hospitalier n'était pas souhaitable. Ce n'était pas ce pourquoi elles s'étaient battues. Il faut bien avoir conscience qu'après la loi Veil il y a une rupture dans l'histoire : avec la méthode Karman, les femmes pouvaient se passer du médical ! Elles pouvaient s'avorter elle-même. Cela a démystifié le pouvoir de la profession médicale. Mais avec la légalisation le médical s'est approprié l'avortement pour reprendre le pouvoir. Aujourd'hui combien de femmes peuvent avorter, mais le vivre mal car ce n'est pas accompagné, ce n'est pas considéré ? Les accouchements sont violents, les avortements provoqués sont violents, la prise en charge lors des avortements spontanés est violente.


Ainsi demandons-nous si le système de santé actuel qui nous offre la possibilité d'avoir accès à des espaces médicalisés « sécuritaires » ne nous entrave-t-il pas quelque part dans la connaissance de notre corps ? Est-ce que nous-même nous ne nous reposons pas sur celui-ci ? Peut-on penser que l'institutionnalisation de la santé gynécologique exerce une nouvelle forme de contrôle et de pouvoir sur le corps des femmes ? N'est-ce pas aussi de notre responsabilité, de ne pas attendre que le savoir nous soit généreusement donné, mais au contraire d'être active dans sa découverte et sa diffusion ?


Où en sommes-nous aujourd'hui, en 2024, de notre santé gynécologique et de notre autonomie ?


Merci de m'avoir lu, Lia


Source :


[1] Ruault, Lucile. « La circulation transnationale du self-help féministe : acte 2 des luttes pour l’avortement libre ? », Critique internationale, vol. 70, no. 1, 2016, pp. 37-54.


[2] Koechlin, Aurore. « L’auto-gynécologie : écoféminisme et intersectionnalité », Travail, genre et sociétés, vol. 42, no. 2, 2019, pp. 109-126.


[3] Isabella Gagliardi, « Comment les femmes médecins du Moyen Âge ont progressivement été oubliées par l’histoire », The Conversation


[4] Cristina Samson. Du mouvement politique à l’autonomisation des femmes par leur corps : l’auto-gynécologie. Médecine humaine et pathologie. 2022.



 

Ressources francophones

sur le self-help et l'auto-gynécologie


Guide - Fanzine



Livres



Films


Regarde elle a les yeux grand ouverts histoire du MLAC de Aix-en-Provence

Annie Colère de Blandine Lenoir


Site internet



Podcast




 

Ressources francophones

sur le l'histoire de la médecine et de la chasse aux sorcières



Livre



Podcast


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